Chapître Cinquième : La Chute.
«Aurë entuluva! Aurë entuluva Eldari nashten ! » « Le jour reviendra ! Oui, ô peuple des Eldars, le jour reviendra ! »
Eldrad Ulthran, Grand Prophète d’Ulthwë.
«
Ainsi, les années passèrent, puis les siècles et les millénaires. Avec
le temps, l'Histoire fut contée en légende, et les récits du peuple
d'Ethanon furent chantés aux jeunes eldars comme un conte épique avant
de sombrer dans les songes de la nuit. Et alors qu'une arche immaculée
s'éloignait à travers les limbes infinies du vide galactique les eldars
suivaient leur propre destinée. Car voici! L'Empire s'éleva au firmament
des plus grandes merveilles, un panthéon de lumière et de gloire comme
il n'en fut jamais. Des planètes entières furent couvertes de minarets
immences et plus éclatants encore que l'Ishareia, des flèches imposantes
dressées pour défier les cieux eux-mêmes et qui reflétaient la gloire
et l'hégémonie de tout un peuple. Les eldars gouvernaient la galaxie,
les étoiles et les systêmes, ils modelaient les planètes selon leurs
caprices, et construisaient des merveilles à la hauteur de la puissance
qu'ils avaient acquise. Ils modelaient la réalité selon leurs désirs et
voguaient à travers les étoiles à bords de nefs magestueuses aux
chatoiements or et argents. Nul n'inquiétait plus ce fier peuple, car
tout ceux qui étaient venus en ennemis avaient été balayés et écrasés,
alors que des machines redoutables et magestueuses foulaient le sol de
leurs empires, broyant de leur poigne l'espoir futile d'égaler la race
supérieure. Oui, les siècles passèrent, les millénaires, et les âges.
Les leçons du passé furent oubliés, et les avertissements n'étaient plus
qu'un sombre murmure soufflé par la brise des vents matinaux. Mais il
vînt un temps où cet age pris fin, où tout ce qui fut fut créé fut
perdu, où en un seul instant, nous fûmes condamnés.
Car voici
! Les eldars s'étaient libérés. Leur technologie était telle qu'il n'y
avait nul besoin de travailler, des machines complexes et harmonieuses
effectuant ces tâches pour eux, et ils eurent dès lors tout le loisir
d'explorer les innombrables années qui composaient leurs existences.
Alors ils s'engagèrent sur d'autres voies, des voies plus sombres et
plus occultes. Au commencement, cela ne semblait être qu'un hédonisme
naissant, une recherche du plaisir là où il pouvait être trouvé. Une
exploration des multiples facettes des saveurs que leurs nombreux
siècles de vie pouvaient leur apporter. La vie des eldars étant
incroyablement longue, qui pourrait les en blâmer? Mais ils avaient
oublié. Oui, ils avaient oublié. Car leurs émotions résonnèrent dans le
Sha'eil, des émotions émanants d'esprits puissants et avancés, et ces
émotions brutes eurent une répercussion dans les courants tumultueux du
Sha'eil, d'abord un simple murmure, elle se mua en un écho infime puis
de plus en plus imposant, alors que les eldars sombraient petit à petit
dans la luxure. Et ils en vinrent alors à franchir les frontières mêmes
de l'hédonisme, à rechercher des sensations toujours plus fortes et
toujours plus grandes afin d'assouvir leurs psyché insatiable. Alors,
des cultes abjectes se répandirent dans toutes les strates du peuple
eldar, et pas une seule planète, pas un seul systême ne fut épargné par
cette vague de malheur. Lentement, les eldars s'engagèrent sur une
terrible voie, car ils ne savaient pas ce qu'ils allaient éveiller dans
les profondeurs d'un monde dont ils connaissaient si peu de choses. Des
palais luxuriants se parèrent d'une couleur rouge, et le sang des
malheureux qui tombaient imbiba les soieries et les tapisseries d'une
époque glorieuse à présent révolue. Partout, des enfants étaient
massacrés, des femmes violées et des citées brisées, sur un simple
caprice d'un noble assez puissant pour l'ordonner. La société eldar
plongea alors dans l'abîme, un abîme dont elle ne ressortirait jamais.
Et pourtant, au commencement, certains virent le terrible chemin
qu'empruntaient leurs frères de sang et ils rassemblèrent alors les
leurs sur des planètes en marge de l'Empire. Se souvenant des mises en
gardes de leurs Pères et des nombreuses histoires qui avaient baignées
leurs enfances, ils choisirent l'exode, et c'est par centaines de
milliers qu'ils quittèrent la folie de l'Empire pour embrasser l'appel
des planètes qu'ils avaient jadis ensemencées. Parias ils demeuraient,
pronant la raison et le contrôle plutôt que le culte des plaisirs,
encadrant leurs existances par des voies martiale contraignante et
futiles. Ainsi demeura l'existence de ceux que nous connaissons
aujourd'hui sous le nom d'Exodites, ceux là mêmes qui virent ce que peu
d'autres virent avant eux, et qui choisirent une voie qui les sauva tous
de la destruction. Mais de nombreux autres frères et soeurs prirent
conscience que quelque chose de terrible sommeillait dans l'ombre, une
présence qu'ils ne pouvaient sentir ni toucher, mais qu'ils ressentaient
au plus profond de leurs âmes. Alors voici qu'ils élevèrent de
magestueuses nefs aux voiles d'or scintillantes et, rassemblant un grand
nombre des leurs, ils s'élancèrent à travers l'espace, vers le vide, et
vers les étoiles. Mais aussi difficile que cela puisse paraître, une
grande partie de notre peuple continua d'avancer vers ce sombre chemin,
et c'est au coeur du jadis glorieux port de Commoragh la Grande qu'ils
continuèrent à étendre leurs meurs. Jusqu'à l'instant où Elle
s'évéilla...
Et voici! Les émotions brutes résonnèrent dans
le Sha'eil comme le tonnerre dans la tempête et soudain, les âmes des
morts fusionnèrent, attirées par de sombres énergies, celles libérées
par le vice, la luxure et la dépravation. Une conscience sommeillait,
une conscience vile, perfide et malfaisante créée par ces énergies que
l'esprit des eldars avait lui même pruduites, une conscience qui ferait
le malheur du peuple eldar jusqu'au Rhana Dandra lui même. Et soudain,
cette conscience s'éveilla, dans un cri si terrible qu'il déchira le
Sha'eil et pulvérisa le coeur de l'Empire eldar. En un instant, des
dizaines de milliards d'âmes furent brisées, des merveilles millénaires
tombèrent en poussière à jamais et le peuple eldar passa de l'apogée à
l'extinction. Ainsi pris fin le règne des eldars sur les étoiles, avec
la venue au monde du Fléau, de l'Assoifée, de l'Ennemie. Cet événement
marqua notre déclin à tous, car trop peu des notres survécurent. Les
Exodites avaient depuis longtemps gagnés les planètes lointaines de la
bordure orientale, mais ils étaient trop peu nombreux. Et si peu, si peu
de vaisseaux-mondes parvinrent à échapper à l'onde psychique que mes
larmes ne cesseront jamais de couler pour chacun de ceux qui sombrèrent
dans les tréfonds. Si seulement cela s'arrétait là, mes frères et
soeurs, oui, si seulement...
Car voyez! La destruction de
l’Empire ne fût qu'une chose visible et terrible, que tous ressentirent à
des années lumières alentours. Mais bien peu de récits content ce que
je vais vous conter à présent, car une grande ombre cette légende jette
sur notre existence même. Car voici ! Slaanesh, celui que nous appelons
l’Ennemie, s’éveilla de sa gestation millénaire et il émergea d’un grand
cri, qui parcouru le Tissu de l’Infini comme une vague déferle sur la
terre. Elle arracha en un instant les âmes des eldars trop proches, et
les pulvérisa. Mais là où une infime fraction de temps se déroula dans
le monde matériel, une période bien plus longue couru dans le Sha'eil ,
là où le réel perd tout son sens…
Et ainsi, le trône
d’Asuryan trembla, le ciel se couvrit de noir et l’espoir se brisa car
l’Ennemie venait de naître. Alors elle attira à elle des énergies
sombres et impies, accumulées depuis des milliers d’années par la luxure
de milliards d'êtres. Elles étaient le fruit du parjure et des vices,
et celles-ci prirent la forme que leur créateur leur donna. Des
créatures longilignes qui magnaient de redoutables fouets à têtes de
serpent, des démons femelles, dont les membres n’étaient que griffes,
mais dont la sensualité pouvait subjuguer les mortels, et d’autres
créatures bien plus terribles encore, dont le nom se perd dans la
légende. Et bientôt, une immense armée se leva, et il est dit qu’elle
masquait la lumière des étoiles et que la vie elle-même périssait sous
ses pas. Elle traversa les plaines, les fleuves et les mers, et nul ne
semblait pouvoir l’arrêter. Alors les Dieux Eldar se réunirent en la
vaste salle du Trône d’Asuryan, et ceux-ci prirent conseil auprès de
leur maitre. Ils tinrent conseil durent des jours et des nuits, mais nul
ne sut jamais combien de temps ils restèrent là à s'entretenir entre
eux. Mais tous savent que c'est ainsi que les Dieux partirent en guerre!
Et voici! Les plus grand serviteurs des Dieux se déversèrent sur la
plaine, devancés par chacun de leurs Maîtres, et ils se battirent pour
libérer ces terres de l'Ombre. La bataille dura des jours, ou peu être
des années ou des siècles, nul ne peut le dire, mais cependant, ils
repoussèrent ensemble les démons, comme un mur de lumière chasse une
ombre trop fugasse et trop terne, comme une simple poussière balayée par
la tempête. Il y avait là les puissants Naaru mille fois bénis,
porteurs de la lumière d'Isha, les Sehen'gahri, guerriers d'Ashtalon
serviteurs des étoiles, et tant d'autres que ma vie ne suffirait point à
énumérer leurs noms. Mais c'était avant qu'Elle ne vienne...
Car enfin l’Ennemie, pleine d’une rage sans nom, monta son cheval
démoniaque dont les naseaux crachaient des flammes et dont les sabots
étaient de métal fondu et Elle s’en alla seule à travers la bataille,
sans que personne ne pût l’arrêter. Elle traversa la Plaine des Rêves
comme une tempête à travers les cendres et tous ceux qui la voyaient
passer tremblaient et s’enfuyaient, tant son apparence les terrifiait,
car Elle était empli d’une telle rage que ses yeux brillaient d’une
flamme impie. Son galop creusa de profondes cicatrices dans la terre, et
là où Elle passait, l’herbe mourait et noircissait. Seule Elle arriva
devant les portes du Palais Aux Milles Lumières, demeure d’Asuryan le
Très Haut. Les éclairs zébraient le ciel, alors que Mathlann faisait
pleuvoir sa foudre sur les démons. Puis soudain, l’Ennemie cria sa rage,
et tous furent touchés par ce cri démoniaque qui déchira la terre et
les cieux. Elle saisit sa longue trompe, faite d’une corne maléfique
immense, ornée de runes inconnues et occultes, et Elle frappa du poing
les portes de cristal, et Elle héla le Roi Phénix de venir l’affronter
en combat singulier. L’écho se répercuta jusque dans la vaste salle du
Trône d’Asuryan. Ses capitaines reculèrent d’effroi, ses meilleurs
serviteurs furent paralysés par la peur, eux que le courage et
l’héroïsme avaient façonnés. Et Elle frappa, encore et encore, et sa
trompe sonnait toujours plus fort, et il héla toujours Asuryan de venir.
Et Asuryan vint. Pour la première fois depuis la Guerre Céleste, il
descendit de son trône de diamant et vint au devant de son ennemi. Alors
Il descendit, lentement, les marches de sa citadelle, et le bruit de
Ses pas étaient comme la marche de mille armées. Les portes s’ouvrirent
et ce fut un second soleil qui illumina soudain la plaine. Car voici !
Il sortit, couvert d’une armure éclatante forgée à même la lumière des
étoiles, et il se dressa face à l’Ennemie comme une tour couronnée de
lumière, son immense bouclier était frappé du Vol du Phénix, et son épée
légendaire dissipait l’ombre de la bataille. Sous cette lumière,
l’Ennemie elle-même en vint à douter, ses yeux brûlants de mille maux,
mais poussée par la rage elle brandit soudain son fouet, fait d’une
multitude de serpents, et chargea. Alors Asuryan lança vers le ciel
Azoth Qal'i, la Lame du Phénix, et l’abattit comme un tonnerre. Mais
l’Ennemie se jeta de coté, et le tranchant de l’épée creusa un sillon de
lumière profond dans la plaine, d’où jaillirent des rayons brûlants.
Maintes fois le Seigneur des Dieux tenta d’atteindre l’Ennemie, mais
chaque fois elle s’écartait d’un bon, tel un nuage noir parmi les
ténèbres, et elle perça Asuryan de sept blessures, et sept fois Asuryan
poussa un cri de douleur qui mit les armées à genoux et fit trembler Ses
serviteurs. Mais enfin, il vint que le Seigneur des Dieux se fatigua,
et l’Ennemie abattit sur lui son bouclier et son fouet. Trois fois il
mit genoux à terre, et trois fois il se releva, brandissant son écu
brisé et son heaume fendu, et ces trois fois il blessa profondément le
corps démoniaque de son mortel adversaire, et il est dit que ces
blessures qu’il reçut alors ne se refermeront jamais, et qu’il souffrira
éternellement, dans les profondeurs de son ténébreux royaume. La terre
autour de lui était depuis stérile, tant la présence de l’Ennemie
l’avait affectée. Et l’assaut continua, encore et encore, et le Monde ne
connut plus jamais telle confrontation, excepté une seule et unique
fois. Et il vint finalement, une dernière fois, qu’Asuryan fut à terre,
brisé et affaibli, et c'est ainsi que l'épée de l'Ennemie trouva enfin
Sa chair divine. Il regarda alors son ennemi dans les yeux, avec un
regard qui aurait pu briser des armées entières et condamner des empires
à l'anéantissement. Nul ne sut jamais ce qu’il fit alors, mais il ferma
les yeux, et une lumière jailli de son corps un instant avant que
l’Ennemie ne porte le coup de grâce. Un nuage de lumière s’échappa
alors, et celui-ci fut aspiré par la faim dévorante de la Faucheuse. Son
heaume et son armure qui avaient perdus leur éclat tombèrent lourdement
à terre, alors que son bouclier brisé reposait un peu plus loin, et qu'
Azoth Qal'i demeurait plantée dans le sol. Et ces artefacts légendaires
en vinrent eux aussi à se dissiper, dans une explosion de lumière.
Ainsi pris fin la confrontation entre ces deux êtres divins. Asuryan,
Seigneur du Panthéon Eldar, Père de tous les Dieux fut vaincu. Les
eldars ne l’ont pas conté dans leurs chants, car leur tristesse est trop
profonde et pourtant, le récit en a été conservé et il parvint à
certains d’entre nous. Alors, l’Ennemie partit d’un grand rire qui perça
les nuages et toucha les armées des Dieux de plein fouet. Le courage
les quittait peu à peu. Mais soudain, un cri descendit du ciel en lui
faisant écho, et Faolchù plongea serres en avant, balafrant profondément
le visage magnifique du Prince des Plaisirs, et il est dit que cette
balafre orne encore aujourd’hui le visage de la Divinité du Chaos. Et il
s’envola de nouveau vers le lointain, vers celui qu’on lui avait
ordonné d’aller quérir, dans un dernier souffle.
Et voici que
le pouvoir de l’Ennemie assombrissait à présent toutes les terres des
Dieux. Un grand nombre de leurs serviteurs étaient tombés dans la vaste
plaine. Mathlann fut mis à bas le premier, percé par la lance de
l’Ennemie, et il est dit que la chute de son corps fut comme un millier
d’orages qui s’abattaient, ceux-ci balayant des légions entières de
l’armée démoniaque à chaque impact. Vaul tomba lui aussi, ses armes
brisées et son armure d’or gisant à ses pieds, en un vaste témoignage de
ses talents à présents révolus. La lumière d’Ashtalon fut dévorée, et
des flots lumineux balayèrent ses ennemis et firent fondre la terre
lorsque son corps tomba en poussière et que la puissance même des
étoiles fut libérée. Et tous les autres tombèrent un à un, face à cet
être malveillant que leurs enfants avaient créé de leurs excès. Nul ne
pouvait en venir à bout, car il représentait toute la noirceur, la
perversité, la malvaillance et le sadisme dans quoi la race Eldar
s’était jetée. Et pourtant, il fut mis à terre, lorsqu’il s’avança dans
la vaste salle du trône. Devant lui se dressaient Gea et Isha, portant
leurs armures divines, une longue cape blanche flottant dans leurs dos,
des diadèmes d’or ceignant leurs fronts. Un sourire rayonnant se lisait
sur le visage de la première, alors que des larmes de cristal tombaient
des yeux en amande de la seconde. Et elles chargèrent, concentrant leurs
pouvoirs en une seule attaque décisive. Mais nul pouvoir, pas même le
leur, ne pouvait le vaincre. Leurs attaques rencontrèrent la dureté d’un
métal forgé par la haine, et chacune d’elles fut repoussée
inlassablement. Gea tomba la première, lorsque la sombre lame de
l’Ennemie perfora son armure et sa chair. Nul sang ne coula, mais une
puissante lumière jaillit de la blessure alors que la déesse souriait,
et son armure divine se brisa lorsqu’elle toucha le sol. Mais Isha
portait en elle la rage d’avoir aperçu ses enfants périr sous ses yeux,
passer en un instant de la gloire à l’extinction. Et cela, elle ne
pouvait point le laisser advenir. S'il est chose plus terrible encore
que le courroux d'un Dieu, c'est celui d'une mère...
Car
voici! Dans un hymne à la vie, dans une ode qui aurait pu absoudre le
plus maléfique des mortels, Elle appela à Elle les Naaru, ses plus
puissants gardiens et ses plus fidèles guerriers, ceux dont on dit
qu'ils ont le pouvoir de donner la vie. Alors elle chargea, et ses
guerriers s'élancèrent derrière elle, dans une explosion de lumière qui
aurait aveuglé le plus puissant des Dieux. Ensemble, ils firent enfin
reculer l'Ennemie, Elle qui avait balayé les Siens. Et ils chargèrent
encore et encore, mais mais maintes fois le cimeterre d’argent d'Isha
fut ébréché par une rude parade. Chaque fois, ses guerriers étaient
repoussés et un plus grand nombre encore était mis à bas. Et il vint le
temps où elle mit elle aussi genou à terre, aux cotés des corps de ses
protégés, épuisée, arassée par une lute sans merci. Alors, l’Ennemie
s’approcha d’elle d’un pas ample et assuré, et, au moment où Elle
plongea sa lame lentement dans son ventre à la peau douce et blanche, il
déposa un doux baiser sur ses lèvres divines, en lui murmurant ces mots
:
« Dommage, je pense que cela aurait été un réel plaisir… »
Son existence cessa alors, et avec elle toute trace de vie sur les
terres des Dieux. La forêt de Talae tomba en poussière, et ce qu’il
restait de la plaine pris la teinte grise d’une terre stérile. La déesse
s’était éteinte. Le Souffle de Vie quitta pour toujours le Sha'eil.
Mais alors que l'Ennemie s'approchait pour ramasser son dû, le Seigneur
de la Putréfaction surgit d'un nuage de mouche et, distrayant son sombre
frère, s'empara du corps inerte de la déesse et il disparut aussitôt
qu'il était venu. Son appel à l'aide l'avait profondment touché, et
c'est ainsi qu'il s'était entiché de la déesse. Grande fût la rage de
l'Ennemie, et l'on raconte qu'Elle cherche toujours à percer les
murailles des royaumes de Son frère pour réclamer son tribut. Ainsi,
Isha fut capturée par Nurgle et enfermée dans une cage d'un métal
rouillé et rongé par l'acide. L'amour du Putréfié peut prendre bien des
tournures, et c'est ainsi que depuis ces temps, il observe l'effet de
ses sombres maladies sur ce corps frèle et gracieux avant de les lâcher
sur le monde des mortels, et toujours Isha guérit, car nul chose ne peut
détruire Celle qui est la Vie. Il est dit que lorsque viendra le Rhana
Dandra, elle le séduira alors une nouvelle fois, et ainsi il la libèrera
de ses chaînes. Alors, elle se mettra en quête des fragments de son
frère, et ensemble, ils mèneront les derniers Ishayas vers l'ultime
bataille contre le Chaos.
Et la terrible fin arriva, car
l’Ennemie se rapprocha du trône, Son trône à présent, et la salle se
transforma en une parodie de la magnificence qu’elle renvoyait jadis. Et
soudain, un frisson lui parcouru l’échine, un frisson qu’Elle n’avait
jusqu’ici jamais connu, même en affrontant les Dieux eux-mêmes. C’était
de la peur qu’Elle ressentait à présent, un sentiment qui lui était
jadis inconnu. Lentement Elle se retourna, et fit face à l'apparition la
plus terrifiante qui soit.
Khaine poussa un grognement
lorsque sa lame sépara la tête de la créature de son corps. Aussitôt,
elle prit une forme hideuse et démoniaque, au lieu et place de l’entité
qu’il avait pourchassée aussi longtemps durant en se moquant de ses
talents de guerriers, l'exortant à venir l'attraper si ses talents
étaient à la heuteur du titre qu'on lui donnait. Nul ne pouvait ainsi
venir se moquer impunément du Dieu de la Guerre, et qui plus est aux
portes de Son palai ! Il jura de nouveau, sentant que quelque chose
n’allait pas. Il avait été trompé, et il n’aimait pas cela. Même les
plaisanteries amicales de Cregorach le mettaient dans une colère telle
qu’Asuryan lui-même évitait de s’entretenir avec son frère en ces
instants. Il leva soudain les yeux, et la vision le cloua sur place.
Car voici ! Faolchù fendit les airs droit sur lui, son vol semblait
erratique et son altitude diminuait. Il s’arrêta devant le Dieu de la
Guerre, dans une petite clairière, manquant de s’écraser. Ses plumes
étaient brûlées en plusieurs endroits, des empennages noircis de flèches
démoniaques perçaient sa chair, et une de ses ailes semblait brisée. De
longues marques de profondes griffures zébraient son corps, comme s'il
avait affronté une armée à lui seul. Khaine accouru vers lui, car il
savait que Faolchù n’était jamais envoyé pour rien. Et lorsqu'Il
l'était, c'était au nom de Son frère. Lorsqu’il arriva à sa hauteur,
l’oiseau majestueux posa son cou doré dans la paume calleuse du Dieu de
la Guerre, et ses yeux croisèrent les siens. De légers piaillements,
aussi faibles qu’un murmure, parvinrent alors à ses oreilles. Sa
respiration était faible et saccadée, son regard vague peinait à
soutenir son regard. Alors, les ailes de Faolchù tombèrent lentement,
son cou devint soudain lourd et ses serres se relachèrent. Une dernière
fois, le regard majestueux du Serviteur d’Asuryan croisa celui de
Khaine, comme si, dans une ultime supplique, il lui confiait son
message. Puis ils se fermèrent à jamais, et une douce lumière baigna la
clairière où ils se trouvaient. L’herbe poussa, la clairière se couvrit
de fleurs d’argent, et les arbres se parèrent de mousse colorée. Faolchù
s’éteignit, dans les bras même du Dieu de la Guerre, brisé lui aussi
par les pouvoirs du Ténébreux. Il est dit qu’en cet instant, les yeux de
Khaine s’embrasèrent et que sa colère et sa rage consumèrent la plaine
et la terre sur des lieues entières, une colère telle que la Galaxie
n’en avait jamais connue et telle qu’elle n’en connaitra plus jamais.
Alors il cria, et son cri perça le ciel et le firmament, brisa des
étoiles et des planètes entières, alors que ses yeux transpiraient d’une
fureur sans nom. Des flammes parèrent alors sa tête, et son corps tout
entier irradiait d'une chaleur insoutenable. Son armure rougeoyait, le
sang se mit à couler de ses mains, le sang d'Eldanesh le Brisé. Le sang
de la guerre! D’un geste de rage, il mis au clair Suin Daellae , et un
torrent de flamme descendit du ciel et l’enveloppa, et il hurla sa rage
aux Cieux eux même, dans un cri qui traversa le Sha'eil tout entier. Et
une nouvelle fois il cria, mais c’était un cri de guerre et non plus un
cri de râge. En un instant, les serviteurs de l’Ennemie se
recroquevillèrent, terrifiés. Celui qu’Elle craignait par-dessus tous
les autres, celui dont ont dit que l’Ennemie elle-même évoque son nom
dans un murmure, celui qui se faisait appelé Kaela Mensha Khaine, Khaine
à la Main Sanglante, oui celui là allait venir. Dans un bruit
assourdissant, le Dieu de la Guerre fit venir à lui Alean sa fidèle
monture, et ensemble, ils galopèrent à travers la plaine calcinée,
traversant les osts démoniaques comme une lame brise une futile
brindille, comme la braise ardente calcine les feuilles du matin. La
Mort elle-même venait à la rencontre de l’Ennemie.
Le Prince
des Plaisir vit alors la porte de la salle du Trône voler en éclat
lorsque Khaine y entra, son armure rougeoyante de flamme
tourbillonnantes, le regard embrasé emplis de haine, de colère et de
soif de carnage. Le cri qu’il lança déchira les murs et le palais tout
entier trembla, des pans entiers des vastes salles pavées s'effondrèrent
d'un seul coup, la chaleur se déversa dans le palai et fit fondre le
sol pavé de marbre. Khaine s'élança alors, brandissant Suin Daellae au
coté, et la rencontre de ces deux êtres déchira les Cieux. Le Sha'eil
fut ébranlé, et les terres des Dieux définitivements brisées. Chaque
parade, chaque choc et chaque riposte était un coup de tonnerre qui
résonnait à travers les mondes. Le Sha'eil et la Galaxie se mélèrent
alors que la plus grande confrontation que le monde ai jamais connu se
déroulait. Chaque coup, chaque botte du Dieu de la Guerre rencontrait la
dureté de la lame de l'Ennemie, et chaque fois, des colonnes de flammes
s'élevaient, détruisant les fresques et les bas reliefs du Palai
d'Asuryan, des vents de pouvoirs balayaient les lieux alors qu'autour
d'eux, la bataille s'était arrétée. Le temps était comme figé. L'Ennemie
était rapide, mais les coups de Khaine puisaient dans sa rage et sa
soif de carnage. Il s'amusait, car tout son être était né pour tenir une
lame et se battre, et Il avait devant lui l'être le plus puissant parmi
les Dieux. Avec une rapidité sans pareille, le fouet de l'Ennemie
s'élança vers la gorge de Khaine, s'enroulant férocement autour de Son
coup puissant, les têtes démoniaques mordant profondément Sa chair de
feu. Et soudain Il partit d'un grand rire alors que le fouet rougeoyait
et que les serpents hurlaient, dans un paroxysme de douleur que même un
démon n'aurait pu supporter. D'un geste rapide, Suin Daellae trancha les
corps frèles de ces créatures pathétiques et d''un violent coup, Khaine
attrapa la gorge de Son adversaire et l'envoya se fracasser contre un
mur au loin. Sa rage et son extase s'emplifiaient, car pour la première
fois, Il savait qu'un être était plus puissant que lui. L'Ennemie
s'extirpa des décombres fondus, son épée au coté sa silhouette
ténébreuse contrastant avec les flammes et la rage du Dieu de la Guerre.
Rassemblant à Elle tout Son pouvoir, dans un rire qui fit échos à la
fureur de Son adversaire, Elle chargea, ses longs cheveux ondoyant
derrière Elle . Une nouvelle fois ils se rencontrèrent, et une nouvelle
fois, le Sha'eil lui même se déchira, et les Terres des Dieux devinrent
les Royaumes Noirs que nous connaissons aujourd'hui. Chaque coup était
rendu, chaque parade, chaque attaque était parée et nul ne parvenait à
prendre l'avantage dans cette dance mythique à la gloire de la guerre.
La rage de Khaine décuplait Ses pouvoirs et le plaçait presque à l'égal
de celui qui avait mis à bas la Cour du Phénix. Et chaque coup prenait
écho dans le Sha'eil, chacune des charges déchénait des tempêtes et des
carnages dans le monde des mortels. Ainsi la confrontation dura encore
et encore, sans que nul ne prit le dessus sur l'autre.
Mais
voici ! Khorne convoitait aussi les pouvoirs de Khaine, car un seul
d'entre eux pouvait se targuer d'être le Dieu de la Guerre. Alors il
vint, portant son armure et son heaume criards, son épée ruisselante
d'un sang poisseux et noir. Les Puissances du Chaos font rarement preuve
d'alliance, ni encore moins d'amitié, et Slaanesh convoitait ce pouvoir
pour lui et pour lui seul. Alors, Khaine affronta Khorne et l’Ennemie
de concert, parant et taillant, repoussant inlassablement Ses
adversaires. Mais il se fatiguait, car les pouvoirs combinés de Ses
sombres ennemis étaient bien supérieurs aux Siens, fussent ils si
grands. Et voici ! Dans une explosion de lumières colorées et un
puissant rire, surgirent Cregoragh le Dieu Moqueur et son compagnon
faucon Endobai. Ensemble, ils raillèrent leurs adversaires, et ensemble,
ils se jouèrent de leurs coups, rillant à chaque estoc porté dans le
vide. Ils se battirent aux cotés du Dieu de la Guerre, et les rires
enjoués de Cregoragh résonnaient tout autour d'eux. Cregoragh frappait à
une vitesse telle que seul le rire qui accompagnait chaque attaque
était perceptible. Khaine repoussait énergiquement chaque assaut, chaque
frappe se brisant sur Suin Daellae comme la tempête sur une falaise, et
chaque riposte s'accompagnait d'un cri de rage plus fort que le
précédent qui remuait les courants chaotiques du Sha'eil. Et cependant,
il vint le moment où Khaine fut épuisé. L'Ennemie ne pouvait être
vaincue, car son pouvoir dépassait les Siens. La rage de Khaine épuisa
Ses forces petit à petit. Alors l'Ennemie s'approcha d'un pas gracieux,
tandis que Khaela Mensha Khaine était à terre, et un sourire malsain
s'afficha sur son visage. Cregoragh tenait Khorne à l'écart avec ses
tours et sa ruse, les pouvoirs du Dieu de la Guerre allaient donc être
enfin Siens...
Mais alors que ses ennemis allaient gagner, au
moment où son pouvoir allait être brisé et dévoré, Khaine fragmenta son
essence en un millier de fragments qui descendirent vers le vaste monde
mortel, à travers la brèche ouverte par cet affrontement cataclysmique.
L’Ennemie cria sa rage, et Khorne frappa les murs et le sol de son
épée, en essayant en vain de se débarasset de la présence agaçante du
Dieu Moqueur. Alors l'Ennemi, le visage déformé par la haine, se dirigea
vers la silhouette à terre de Cregoragh afin de se repaitre de son
pouvoir comme il en avait été de tous les autres. Mais au moment où Elle
s'approcha, venant mettre un terme à Sa divine existence, Endobai
descendit des cieux et lascéra le visage divin de l’Ennemie, permettant
ainsi au Dieu Moqueur de s’échapper. Alors, Cregorach pénétra dans
l’immensité d’un Portail Toile, mille larmes coulant de ses yeux
malicieux pour le sacrifice de son ami, d’où l’on dit qu’il se joue
encore de l’Ennemie et ne cesse de le tourmenter.
Et c’est
ainsi que les divines essences du Dieu de la Guerre descendirent des
Cieux pour rejoindre le cœur de chaque vaisseau-monde, ces arches qui
emportaient les ultimes représentants d’une race qui jadis gouvernait
les étoiles. Et dans le lointain, au-delà des limites galactiques, l’une
d’entre elles trouva une source de pouvoir qui brillait faiblement dans
le noir. Et voici que le vaisseau-monde Yggdrasil accueillit un
fragment de la divine essence du Dieu de la Guerre. Celle-ci s’enchassa
au plus profond de l’Yghel Draesil, et son pouvoir résonna à travers
tous les cœurs et toutes les âmes des eldars présents. Ils ressentirent
sa venue, tout comme ils avaient sentis leur Panthéon se briser. Ainsi
fut donc balayé le Panthéon Eldar, et il prit dès lors le nom de
Panthéon Foudroyé dans les lamentations et les prières. Tristes sont ces
chœurs, car ils rappellent une période sombre et terrible, celle qui
vit la destruction de leurs divinités. Nul ne pourrait plus jamais
trouver le repos, car le Sha'eil était à présent la demeure de l'Ennemie
et ses griffes se referment inlassablement sur la moindre âme assez
inconsciente pour errer dans ses méandres. C'est ainsi qu'à partir des
Larmes d'Isha originelles que chaque vaisseau-monde emporta avec lui,
furent créées les Pierres Esprits, ces réceptacles qui accueilleraient
les âmes des eldars tombés pour qu'elles soient placées dans le lieu le
plus sacré : le Réseau-d'infinité. Ainsi, les âmes des eldars défunts
échappent elles à la faim insatiable de l'Ennemie.
Et voilà
que s’achève le terrible récit de la Chute. N’oubliez jamais ces Temps ô
mes frères et mes sœurs, car ils sont porteurs de grandes leçons, qu’il
ne nous faut point oublier. Ecoutez le message des serviteurs du Dieu
Moqueur, même si celui-ci vous semble insoutenable, car ce fléau est le
fruit de nos excès. Nous avions été mis en garde, mais nous avions
oublié. Trop peu d’entre nous s‘en sont rappelés, et encore trop peu
sont partis à temps. A présent, notre gloire n’est plus qu’un murmure
dans le vide que les mon keighs arpentent dans leurs fades vaisseaux
primitifs. Ainsi s’est achevé notre règne sur les étoiles. Ici commence
leur pâle envol, jusqu’à ce qu’eux aussi soient déchus par leurs propres
erreurs. N’oubliez point ces Temps, car il viendra un jour, où notre
gloire reviendra, où nos étendards flotteront fièrement au vent, et où
nous porterons la guerre sur le domaine même de l’Ennemie. Ainsi
demeurera le Rhana Dandra, lorsque le monde entier sombrera, et que le
Chaos sera balayé à jamais. »